La bataille de Bouvines se prépare aussi au dojo de la Clairière, à Marquette-lez-Lille

La Voix du Nord – 16/12/2013 -  >  > 1486082626_B971610584Z.1_20131213191728_000_GIJ1KH1DJ.2-0

Par ANNE-GAËLLE BESSE

Cet été, la commune de Bouvines commémorera la célèbre bataille de 1214 avec un grand son et lumière. Deux jeudis par mois, les figurants de la grande scène de combat répètent au dojo de la salle de la Clairière à Marquette, avec un cascadeur professionnel.

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La guerre, c’est du sport. Jeudi soir, seize hommes d’âges divers (et une jeune femme) se sont retrouvés à 20 heures sur un tatami pour préparer avec le plus grand sérieux un combat « pour de faux ». Celui du son et lumière Bouvines la bataille, qui sera créé le 3 juillet 2014, huit cents ans après le combat qui opposa Philippe Auguste, roi de France, à une coalition soutenue par l’Angleterre.

Cascadeur professionnel

Qui dit sport dit entraîneur. Dynamique, rigoureux, volontaire, Christophe Le Percq est régleur de combats équestres. Sa société, Cowprod & Cie, installée à Fromelles, travaille notamment pour le cinéma. Il est venu apprendre à ces combattants du jeudi soir les règles de l’assaut au XIIIe siècle, version chorégraphiée.

Qui dit sport dit échauffement : courir, marcher vite en gardant les bras en haut « pour respirer par le ventre car quand on se bat à l’épée, on a vite le souffle coupé ». Comme à la boxe, il faut savoir « encaisser » : regardons les hommes tomber, en arrière, bras tendus pour éviter de se blesser aux poignets ou au coude. Les « clacs ! » de leurs dos sur le tatami sont impressionnant : c’est normal, début juillet, il faudra faire le spectacle.

Une centaine de figurants pour le combat

« Il y aura quatre lignes, avec des combats plus ou moins intenses », explique Émilie Tommasi, metteur en scène. Au bord du tatami se trouve également Alain Streck, auteur du scénario – et de J’étais à Bouvines, paru en 1998. « Comme toutes les batailles, celle de Bouvines était une boucherie, même si elle n’a duré qu’une après-midi. Une ligne avançait vers l’autre, c’était du corps à corps. Aujourd’hui, des drones lâchent des bombes : à l’époque, les arcs et les arbalètes étaient interdits car c’était lâche de tuer à distance. » Lorsque les combattants en première ligne avaient besoin de souffler, ceux qui étaient à l’arrière les remplaçaient. « Pour cette grande scène de la bataille (un quart d’heure environ), nous espérons avoir une centaine de figurants en train de combattre, reprend Émilie Tommasi. Sachant que mon travail consiste aussi à donner l’impression qu’il y a encore plus de monde. »

En première ligne pour les meilleurs

La quatrième ligne, celle qui va concentrer l’essentiel des cascadeurs (entre 10 et 15), c’est la cavalerie. Les chevaux, les épées en bois teint, qui sont considérées comme des armes de 6e catégorie, les figurants, doivent partager le même espace sans se blesser – c’est aussi pour cela que le rôle de Christophe Le Percq dans la mise en scène est indispensable.

Pendant que nous devisons cotte de maille et âge des acteurs – « les combattants avaient parfois 12 ou 13 ans » –, les apprentis guerriers du jeudi soir regardent Christophe Le Percq et Sébastien Mory, de Cow Prod & Cie, mimer un combat. Attention au « pied d’appel » : quand on donne un coup d’épée, c’est tout le corps qui participe, pas seulement le bras. Il faut « aller chercher la garde de l’adversaire », apprendre à esquiver « l’estoc », qui consiste à « atteindre le plexus solaire » ; attention, « on n’esquive pas de la même manière au XIIIe siècle qu’au XVIIe », où il y a plus de grâce.

Ceux qui se débrouillent le mieux pourront se retrouver « en première ligne » ; certains, comme Philippe Auguste et Ferrand de Portugal, présents jeudi soir, ont bien sûr un peu plus de pression sur les épaules. La route est longue, mais Christophe Le Percq les a prévenus : « Pour un combat de deux minutes dans un film, il me faut deux mois de travail. »