15/01/11 Classement de la plaine : les agriculteurs ne veulent pas de champs « sanctuarisés »

Michel Watteau élève quelque 120 vaches laitières et pratique la polyculture dans la plaine.

Le classement de la plaine de la bataille de 1214 est en pleine négociation, trois ans avant les commémorations autour du 800e anniversaire de la victoire de Philippe Auguste. Mais la cinquantaine d’agriculteurs du périmètre ne veut pas qu’il soit un frein au développement des exploitations. Prévue à la rentrée, puis fin 2010, l’enquête publique a été reportée au printemps, le temps d’entendre le monde rural… et quelques élus.

PAR MARIE VANDEKERKHOVE

villeneuvedascq@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »

« Si les agriculteurs veulent agrandir leurs exploitations, s’ils doivent se délocaliser, il ne faut pas qu’ils soient bloqués !

» Michel Watteau, quatrième génération de paysans au hameau d’Infières, se bat pour « l’agriculture de demain ». Pas question que l’histoire sanctuarise sa propriété. Même si, en près de huit siècles, elle n’a eu aucun impact sur le paysage. S’il revenait, Philippe Auguste reconnaîtrait ses champs de bataille. Normal : ces teres, réputées fertiles, supportent toutes les cultures. Et elles sont bien placées, au coeur de la métropole lilloise, avec ses débouchés en bouches à nourrir et ses circuits de distribution. Alors pas question de brader l’avenir de la filière dans la Pévèle.

Selon Michel Watteau, également représentant de la FDSEA, les discussions avancent peu à peu. Les agriculteurs, c’était là leur principal souci, pourraient bâtir des hangars… avec l’aval des Bâtiments de France. « Apparemment, le classement n’imposera pas de contraintes sur l’exploitation des terres », décrypte Monique Six, responsable du pôle aménagement à la Chambre d’agriculture du Nord – Pas-de-Calais. L’organisme consulaire (l’équivalent des CCI du monde rural) est chargé du diagnostic. Objectif : cerner les impératifs et évaluer les agrandissements ou les délocalisations à court terme. Une cinquantaine d’exploitations en tout, « dont 80 % en fermage, où les agriculteurs ne sont pas propriétaires », insiste Christine Delefortrie, élue à la Chambre d’agriculture. L’organisme remettra sa copie en février-mars. L’enquête publique ne devrait donc pas démarrer avant le printemps.

S’ils veulent rester vigilants sur leurs possibilités de croissance, les agriculteurs reconnaissent une vertu au classement : barrer définitivement la route au contournement de Lille. Le barreau vers l’A27 ne passera pas par la voie romaine Lille-Tournai.

Reste un mécontent : le maire de Baisieux, qui voudrait voir le périmètre du classement (2 500 ha, sur onze communes) se réduire au nord. « Il n’y a aucune raison d’englober au-delà de l’autoroute, martèle Francis Delrue. Actuellement, le périmètre arrive presque aux portes de la mairie, c’est anachronique ». Lui argue vouloir préserver l’échangeur, sur la route Baisieux-Cysoing, inscrit au PLU, et le parc d’activités. « Le périmètre actuel bloquera le développement de Baisieux », prédit-il. •

Michel Watteau élève quelque 120 vaches laitières et pratique la polyculture dans la plaine.