09/06/2010 Classement de la plaine de la bataille – Voix du Nord

Quel périmètre ? C’est la question qui pourrait fâcher, mais c’est le préalable indispensable au classement du site de la bataille de 1214, peut-être en fin d’année. D’un côté, certains maires veulent accélérer le calendrier pour bouter définitivement éoliennes et contournement sud-est. En face, d’autres élus ou des agriculteurs redoutent un frein au développement économique. Revue des troupes après une réunion de présentation aux édiles, lundi, à Bouvines.

1. Pourquoi classer ?

C’est une bataille de presque 800 ans qui sert de levier au classement, envisagé depuis des lustres mais entériné en 2003. Et c’est possible parce que, miraculeusement, les quelque 2 000 ha du site de la bataille sont restés quasiment en l’état, dédiés à l’exploitation agricole.

L’intérêt est sans égal : un consensus historique pose la bataille du 27 juillet 1214 comme l’acte fondateur de la nation française. Ce dimanche-là, Philippe Auguste repousse les assauts des coalisés, l’Angleterre, la Flandre, le Saint Empire romain-germanique. Des écrits de l’époque évoquent près de 20 000 combattants sur le site, à mi-chemin de Lille et de Tournai.

Il faut dire que la topographie incite aux batailles rangées. Celle de Bouvines se déroule sur les points hauts du plateau, aux vues dégagées. C’est un véritable pont de craie, une voie naturelle, dure, qui permet aux soldats de ne pas s’enfoncer. La vallée, marécageuse, celle de la Marque, ne sera canalisée que 500 ans plus tard.

Le paysage n’a pas beaucoup changé : le plateau est resté agricole et fertile, grâce aux limons qui surplombent la craie. Seuls le TGV et l’autoroute A 27, dans un passé très récent, ont perturbé le panorama… même s’ils ont été partiellement encaissés, résume l’étude du classement, réalisée par deux cabinets indépendants et distribuée dans toutes les communes.

2. Comment classer ?

Les inspecteurs des sites à la DREAL, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, ont proposé lundi un périmètre de classement. Il couvre 2 500 ha sur onze communes : Bouvines, Gruson, Baisieux, Sainghin-en-Mélantois, Chéreng, Anstaing, Louvil, Wannehain, Bourghelles, Cysoing et Camphin-en-Pévèle. « Le patrimoine naturel rural, et parfois militaire, est recensé et intégré au projet de site classé », résume-t-on à la DREAL. Les parties urbaines en sont exclues, seul le bâti agricole ou industriel « de forte valeur architecturale » est proposé au périmètre.

Les « frontières » du site classé vont être soumises à l’avis des élus, des habitants, des exploitants agricoles via une enquête administrative de trois semaines ayant lieu dans chaque commune. Charge aux instances supérieures, commission départementale de la nature, des paysages et des sites, commission supérieure des sites, voire Conseil d’État, de modifier le périmètre en fonction des remarques.