Huit Siècles de gendarmerie

Ouvrage collectif sous la dir. de Camille de Cruzel et Jacques Fuzier – JF Editions, Paris, 1967

« Née au Moyen Age pour lutter contre les invasions et protéger la personne des pèlerins royaux au cours de l’épopée des Croisades, (la gendarmerie) fut, première armée de métier, l’artisan du Gesta Dei per Francos que chantèrent nos poètes. »
(Extrait de la Préface de Pierre Messmer, p. 5)

Ch.1 – SERGENTS D’ARMES ET GENDARMERIE

- Les sergents du roi Philippe

« L’an de l’Incarnation 1191, le roi Philippe s’étant croisé, partit en Terre sainte… Tout alla au plus mal ; l’empereur Frédéric… fut emporté par les flots d’une rivière ; quant au roi Philippe, il fut tout à coup assailli par une maladie si violente… Ceux de son Conseil, pensant qu’il avait dû boire un poison présenté par quelque traître, soupçonnèrent le roi Richard au coeur de lion… Ils furent encore informés que le Vieux de la Montagne voulait, par ordre de Richard, faire égorger le roi de France… Le roi de France songea à retourner en France et se fit dès lors garder avec soin par des sergents qui le suivaient partout, armés de masses d’airain… » (p. 13)

- Sur le pont de Bouvines

« Il était midi, le soleil brûlait… Pour éviter la bousculade, le roi avait placé à l’orée du pont sa garde personnelle, ses sergents d’armes à cheval…
A son signal, tout le monde s’arrêta. Et l’armée fit conversion.
L’église de Bouvines, qui darde aujourd’hui son clocher à l’origine du plateau, a fixé les souvenirs de cette grande journée qui enfanta peut-être l’idée nationale…
Vingt ans plus tard, « à la prière des sergents d’armes », Monsieur saint Louis fonda l’église de Sainte-Catherine des chanoines réguliers de Sainte-Geneviève et y posé la première pierre, et cela pour la joie de la victoire qui fut au pont de Bouvines l’an 1214. « Les sergents d’armes pour le tems gardaient ledit pont et jurèrent que si Dieu leur donnoit victoire qu’ils fonderoient ladicte église, et ainsi fut-il. » (p. 15)

- Le roi des ribauds

« … Les historiens ne se sont pas mis d’accord sur l’origine des ribauds, dont le nom n’est connu qu’à partir de Philippe Auguste. Peut-être descendaient-ils d’une troupe d’honorables barons préposés à la surveillance du Palais sous les rois mérovingiens. Il est possible qu’on les ait confondus avec les sergents que Philippe Auguste avait organisés en Palestine et qui veillaient aux barrières de sa résidence et jusque dans sa propre maison. Les ribauds, en tout cas sous Louis VIII le Lion, semblent avoir participé à l’affreux sac de Marmande et leur réputation était bien ce que disait le prieur de Longpont. C’était, disait Guillaume le Breton, une milice redoutable mais truculente, indisciplinée, insouciante des lois, rebelle à tout frein. On appelait leur grand maître rex ribaldorum…» (p. 19)

- L’église de Ste Catherine du Val des Ecoliers

« Scavoir faisons à tous présents et à venir que Monsieur saint Loÿs nostre prédécesseur roy de France, en l’honneur de nostre Seigneur Jésus Christ, pour la singulière dévotion et affection qu’il avait à la glorieuse Vierge Marie, inlinans à l’humble supplication et requeste que lui firent les sergens d’armes pour la mémoire de la belle et notable victoire que avait eue ung de nos prédécesseurs contre ses ennemis à la bataille qui fust au pont de Bouvines, en laquelle ses sergens d’armes qui le servoient et estoient en sa compagnie, exposoient leur corps très honorablement et vaillamment, eust fondé l’église dicte à sainte Katherine du val des escholliers à Paris. Depuis laquelle fondation les sergens d’armes ont icelle église douée de plusieurs belles rentes dont les religieux sont tenus de dire et célébrer chascun jour deux messes, l’une pour le salut et remède de nos prédécesseurs roys de France et ceux des sergens d’armes trespasséz, et l’autre pour le bon état et santé de Nous, de ceulx de nostre sang et les sergens d’armes vivants. Donné à Paris l’an de grâce mil quatre cens et dix au moys de septembre et de notre règne le trente unième. Charles* » (p. 40)

* Il s’agit de Charles VI (1368-1422 ), roi durant les pires moments de la Guerre de Cent ans